Extraits du texte-cadre "Évangéliser" de la MPEF
Résumé
Quatre extraits du texte MPEF "Évangéliser ?" sur la mission d'accompagnement, l'évangile laïc et la vie fraternelle. Pour animer un échange en équipe sur l'engagement à la Miss Pop.
Contenu
Extrait 1 :
(…) Sommes-nous essentiellement des associations d'action sociale ? La finalité première de la MPEF n’est-elle pas l'accueil confiant, l'écoute des personnes, l'accompagnement, dimensions qui peuvent se perdre quand « l’action sociale » entre dans une recherche d'efficacité, de reconnaissance par les pouvoirs publics, de professionnalisme réduit à la technicité ?
(…) Combien vivent fatigués et inquiets loin de la promesse de liberté, d'autonomie et d'accomplissement (...) ? C'est le lot croissant de vies précaires empêchées, isolées et parfois même loin du sentiment d'exister. C'est auprès de ceux-là, en proximité, que la Mission Populaire avec ses fraternités s'engage pour écouter, accompagner, faire grandir dans toutes les dimensions de la personne (...). Les activités sociales déployées dans les fraternités ne sont que des leviers pour rendre à chaque personne sa dignité, répondre à nos enfermements et questions existentielles… qui pourrait se dire par vivre et manifester l’évangile. C’est là notre manière d’évangéliser.
Enfin, nous vivons une évolution double. D’un côté notre société sécularisée, et les nouvelles générations, n'ont plus le background judéo-chrétien : il faut donc nourrir notre capacité à dire notre espérance dans un tel cadre. D’un autre côté, les milieux populaires sont le lieu d’affirmations religieuses diverses (...) : il nous faut donc également nourrir une capacité collective pour pouvoir dire ce qui nous porte en commun malgré la diversité de l'offre religieuse.
Extrait 2 :
Dans les échanges qui ont eu lieu (…) un pivot entre les un.es et les autres pourrait se formuler comme un **évangile laïc à vivre ensemble. **C’est une autre manière de parler de l’évangile a-religieux de Bonhoeffer : un espace de partage des espoirs, des questions et des attentes de chaque personne, espace qui peut exister sans se référer nécessairement à une forme religieuse donnée. Par exemple, dans les Frats, où la finalité première est l'accueil confiant, l'écoute des personnes, l'accompagnement, ce qu’y vivent les personnes peut les amener à un changement profond de vie. (…) Toute personne participant à ces échanges (...) peut en être bouleversée. Cela peut aller jusqu’à la profondeur existentielle de ce que le Nouveau Testament appelle métanoïa : « changement pour une vie nouvelle » (...) sans que les personnes se définissent comme chrétiennes pour autant. Si les croyants peuvent y voir une conversion à la bonne nouvelle de Dieu – la vie plus forte que la mort, la fin des puissances de mort sur le monde et les personnes... – ils admettent que cela peut se vivre sans reconnaître Jésus comme sauveur et maître, y compris en restant non-croyant ou d’une autre religion. (...)
Cela c’est l’esquisse d’un espace de rencontre et de vie en commun.
Extrait 3 :
Il paraît essentiel, déjà, que les personnes accueillies et les nouveaux bénévoles puissent identifier par des signes l'identité du lieu qui les accueille* *(...) : histoire, propriété des locaux, présence d'un pasteur, croix ou lieu de culte, information sur la charte... (…) Ensuite, l'identité du lieu arrive d’autant à perdurer et se dire qu’existe d’un « noyau dur », une « communauté confessante » selon une référence du christianisme social qui la fait vivre spirituellement et la rend visible par exemple dans un culte, un partage autour de la Bible ouvert à tous, des moments de prière, des déjeuners bibliques… Cela dit si ce « noyau dur » devient le ghetto de la parole, ou l’oreiller de paresse de la spiritualité, on fait fausse route. Il est important qu’autour de lui existe une « communauté porteuse » qui sans être protestante a un souci et un vécu du sens, du politique, du spirituel.
(…) Il est décisif que chaque personne (salarié, bénévole, personne accueillie) puisse trouver des occasions où il est écouté dans ses questions, dans ses attentes, dans ses convictions et ses doutes, que chaque personne puisse nourrir son cheminement spirituel dans les fraternités. Et notre conviction est que cela se vit dans des échanges de personne à personne ou dans des groupes de partage….
Extrait 4
L'évangélisation ne serait pas alors une annonce de doctrines, de dogmes ou de croyances ni d'affirmations péremptoires auxquelles les personnes devraient adhérer, mais une réflexion et une expérience existentielles et de sens qui pourrait s'instaurer au sein d'un groupe uni par des liens de solidarité active et qui chemine de concert. Chaque personne pourrait alors témoigner de ses convictions, sa foi ou ses doutes, ses croyances ou ses « incroyances » et de ces échanges entre égaux solidaires, pourrait peut-être naître cette « métanoia » qui nous ouvre à une vie nouvelle.
Et si, dans tout cela, « vivre l’évangile » est le socle, cela implique aussi que nos vies associatives ne soient pas des contre-témoignages en terme d’amour les uns des autres. Cela nous appelle à nous acculturer à la communication non-violente, à la médiation, à la non-violence des relations, à une éducation populaire qui fait une place à chaque personne et renforce la réflexion et l’action collective. Cela nous pose également des questions institutionnelles : Quels outils nous donnons-nous pour intervenir dans les Frats quand les choses tournent mal ? Et finalement : Comment sommes-nous les samaritains de nous-mêmes ?