Une définition de spiritualité pour la Mission Populaire

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MPEF
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Texte
origine
Christianisme
thèmes
  • spiritualité
  • sens
  • Mission populaire

Résumé

Note d'Olivier Brès (juin 2020) pour la commission spirituelle MPEF sur ce qu'on entend par "spiritualité" et "recherche de sens" dans le mouvement. Pour outiller une équipe en fraternité.

Contenu

MPEF – commission d’animation spirituelle et théologique

Spiritualité et recherche collectives de sens

Comment la MPEF définit sa mission dans ce domaine ?

La MPEF s’est donné comme vocation et mission d’articuler les 3 dimensions spirituelle, sociale et politique. Dans sa « feuille de route 2019-2022 », elle indique notamment sa vision : « dans une société sécularisée et marchande, valoriser la recherche de sens et la spiritualité ». Et dans les objectifs elle indique vouloir être « un mouvement de débats et de convictions qui favorise à la fois le témoignage de l’Évangile dans le respect de toutes et tous et l’expression des convictions sociales, spirituelles et politiques de chaque personne. »

La commission d’animation spirituelle et théologique a souhaité que soit précisé ce que nous entendons par la « spiritualité », la « dimension spirituelle », la « recherche de sens », connaissant l’ambiguïté de chacun de ces termes. En effet spirituel peut paraître trop vague pour des croyants, mais aussi trop religieux pour des non-croyants. Et peut être aussi connoté « développement personnel ».

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Une attente, une écoute :

Nous devons nous demander de quoi nos contemporains ont besoin. Quelle aliénation et quel conditionnement ils subissent ? Quelle vie ils désirent ? Quelle vie est désirable ?

AG 2018 – Intervention Anne-Sophie DENTAN :

« Dans notre société contemporaine, beaucoup de personnes cherchent à être les acteurs de leurs choix éthiques, éducatifs, religieux. Elles sont en quête de sens, en questionnement existentiel, ou vivent des crises, des enfermements. C’est une valorisation de l’individu singulier qui est recherchée, de préférence à l’adhésion à un système doctrinal. Le besoin de spiritualité, qui est une dimension constitutive, fondamentale et nécessaire de l’humain, ne peut plus être satisfait par des apports externes, par des enseignements magistraux : chaque personne souhaite cheminer de sa propre initiative vers des choix spirituels ou éthiques qui lui seront propres.

Dès lors, il nous faut adapter notre relation à l’autre, en optant pour un travail « d’écoute attentive » pour rejoindre l’autre là où il est et l’accompagner dans son cheminement. Ce travail est spécifique, distinct de la traditionnelle animation religieuse. »

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Une dimension collective :

Nous considérons qu’une spiritualité vraie ne consiste pas à se construire à l’écart des autres, mais au contraire qu’elle se développe dans l’échange, le débat, et des expériences communautaires.

AG 2014 – Olivier BRES :

« Nous nous situons dans un environnement où des revendications identitaires à connotations religieuses s’expriment dans l’espace public. Devant ces revendications, il y a une manière d’agir (de ne pas agir) trop répandue qui consiste à faire la sourde oreille, à poser comme principe qu’elles ne doivent pas être écoutées, à les mettre comme la poussière sous le tapis. La République ne veut pas voir…jusqu’à ce que ça lui explose à la figure [..]

La MPEF, les Frats, comme lieux marqués par une référence spirituelle, devraient être les promoteurs d’une culture religieuse partagée, d’une pratique populaire de l’échange, de la connaissance mutuelle des cultures religieuses. Nous devrions surtout être les initiateurs d’une éducation mutuelle qui ne passe pas simplement par les spécialistes, les représentants officiels des religions, mais qui donne la parole aux aspirations spirituelles et aux compréhensions plus ou moins théologiques de nos contemporains. C’est d’abord en écoutant, en laissant s’exprimer ces convictions sans les juger, en encourageant les partages, que nous pouvons favoriser l’émergence d’une nouvelle forme de cohabitation. Pratiquer une éducation populaire aux religions populaires vécues dans ce contexte de mutation du religieux ?

C’est donc aussi un « service » social et politique que la MPEF peut rendre à son environnement en pratiquant la recherche collective de sens, en permettant que s’explicitent et se partagent les ressources spirituelles de chaque personne-e, et que se vivent des moments, des expériences de communion.

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Un christianisme de ressource et de protestation

La MPEF s’inscrit dans l’histoire d’une lecture chrétienne, protestante, « christianisme social » de l’Évangile. Une lecture qui doit se renouveler époque après époque. Cette lecture est « protestation » dans les deux sens du terme : affirmation et contestation.

AG 2016 – Olivier BRES :

« Si le Christianisme est affirmation d’une autonomie de la personne, d’une libération des contraintes religieuses et sociales, d’une guérison des maladies de la réussite et de la domination, il est aussi affirmation d’une vie entièrement liée aux autres, à l’Autre et aux autres, d’une existence dépendant des autres. Nous devons insister sur cette seconde dimension. Montrer en quoi la relation aux autres, la coopération avec les autres, voire le service des autres, sont indispensables pour que nous vivions mieux, chaque personne et ensemble.

Ce n’est pas une question de morale, d’obligation, mais une promesse de bénédiction, de réjouissance. Ce n’est pas non plus une sorte d’exercice de bonne conduite, ce n’est pas être gentil avec les autres, c’est une lutte contre les fausses dépendances, les aliénations cachées, pour découvrir les alliances qui ouvrent l’avenir.

Ma lecture de la Bible, c’est cette triple bagarre. Contre les dominations de toutes sortes (politiques, économiques, religieuses), pour une libération des individus et des peuples. Pour porter ensuite un projet collectif qui n’est jamais figé, abouti, mais qui doit être construit et reconstruit.

C’est aussi ma lecture du message et des actes de Jésus, comme celui qui libère des dogmes et des jugements, fait naître des personnalités affranchies, mais cherche en même temps à constituer une communauté choisie. Cette communauté qu’il choisit, c’est-à-dire qu’il offre à ses disciples, elle n’est pas rassemblement des mêmes mais de différents, et elle n’est jamais achevée, ni limitée. Elle est autour de lui, elle n’est pas pour nous. »

La spiritualité vécue à la MPEF est donc aussi proposition de découvrir les ressources qu’offre une lecture de l’Évangile qui articule les dimensions individuelles, sociales, politiques. Cette proposition n’est pas prosélytisme mais peut s’exprimer dans les rencontres interpersonnelles, les débats organisés, et les occasions de festivités communautaires.

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Pour élargir en conclusion

La spiritualité, la recherche de sens, c’est enfin une manière de dire notre aspiration individuelle et collective à discerner notre place véritable dans ce que la Bible appelle la « création », dans ce que nos contemporains appellent le Vivant. Une place comme personne, comme espèce, comme société.

Avec le soutien de